lundi 16 janvier 2012

Crise de rage pour A.

            Samedi dernier, lors de l'atelier "L'autonomie dans la relation parent-enfant" que j'animais, L. partageait avec nous cette scène : un midi, L. va chercher sa fille de 4 ans à l'école. Elle a identifié depuis quelque temps déjà que A. a très faim en sortant, elle a donc pris l'habitude d'apporter un encas pour sa fille. A. sort de classe et saisit un prétexte pour se mettre dans une colère monumentale. Rien de ce que peut tenter L. n'a un quelconque effet sur sa fille : elle essaie de lui faire manger sa compote, A. refuse. Elle essaie de comprendre pourquoi elle se met dans cet état-là, A. continue à hurler. L. vit très mal cette scène : cette sensation d'impuissance et le regard des autres ("Que vont-ils bien pouvoir penser de moi, de ma fille ?") lui sont insupportables. Hmmmmm ces grands moments de solitude, on en vit tous un jour ou l'autre. J'imagine que ça réactive quelques souvenirs chez vous... Chez moi, oui en tout cas :-p
Mon éclairage maintenant. Comme l'avait identifié L., il y a de grandes chances que ce soit la faim qui ait été à l'origine de la crise de A.. Les besoins en alimentation et en sommeil sont fondamentaux chez nos enfants. Quand ils sont insatisfaits, ils peuvent être à l'origine de grandes colères. L'enfant se sent envahi par cette sensation d'inconfort due à la faim ou à la fatigue et n'a pas d'autre choix que de se mettre en colère. Isabelle Filliozat dans Au coeur des émotions de l'enfant, écrit : "L'enfant ressent un vague mal-être et en cherche les raisons. Il saisira la première venue. Il n'aime pas la voiture verte, il veut un bonbon (...) Il lui faut trouver une raison sur laquelle focaliser son énergie et l'évacuer". Une fois que la crise de rage est entamée, il n'y a pas d'autre issue que de la traverser. Les questions (elles font forcément intervenir le mental) sont inutiles, l'enfant est hors de lui, il n'a pas accès à ce moment-là à son intellect. J'ai observé qu'elles ralentiraient même le processus. L'enfant a besoin de traverser cette crise pour se retrouver en quelque sorte, se recentrer. Passage obligé.
Bon bon bon et pour nous, parents, qu'en est-il ? 
Il y a des moments où nous sommes disposés à laisser toute sa place à cette crise, nous acceptons que ça en soit ainsi. A ce moment-là, vous pouvez prendre votre enfant dans les bras en le contenant, ça l'aide à faire sortir la colère. Mais ne le faites surtout pas si ce n'est pas possible pour vous, faites ce qui est juste pour vous dans cet instant. Ne vous forcez pas. Jamais.
Et puis parfois, ce n'est pas le cas, ce n'est pas le bon moment pour nous comme pour L. ce jour-là. La colère peut même monter en nous, même si nous savons que l'émotionnel alimentant l'émotionnel, cela ne va pas arranger les choses, bien au contraire. Je vous propose dans ces cas-là plusieurs pistes à expérimenter :
  • Donnez-vous de l'auto-empathie pour ce que vous ressentez. Sans jugement.
  • Eloignez-vous de votre enfant en lui disant qu'il a le droit de se mettre en colère mais que ce n'est pas possible pour vous, là maintenant.
  • Isolez vous phoniquement en vous mettant de la musique, un casque sur les oreilles. (ça, c'est une piste de G. présente aussi à l'atelier ;-))
  • Sortez carrément de la pièce si le fait de vous éloigner n'est pas suffisant.
  • Si le regard des autres est difficile pour vous, emmenez votre enfant dans un endroit à l'écart, cela fera diminuer la tension que vous ressentez et favorisera votre acceptation de la situation.
  • Et si ces regards étaient désapprobateurs seulement dans l'interprétation que vous en faites ? Accueillez l'aide qui vient vers vous. Exprimez votre ressenti.



0 commentaires:

Enregistrer un commentaire